Regard nu
Voyager, non pour se déplacer, mais pour rencontrer.
Un instant suspendu : deux regards qui se trouvent.
Pas de mise en scène, juste la vérité d’un échange.
Pas d’artifice, pas de distance.
Seulement la présence.
Le regard parle.
Il se livre, il se montre.
Alors, le déclic.
Il ne prend pas, il reçoit.
Ma démarche à propos de la série Regard nu
Une photographie humaine
Le regard comme rencontre
Le regard, une énigme partagée.
Voyager, non pour se déplacer, mais pour s’ouvrir.
Être disponible à la rencontre, dans un monde où l’on se croise sans se voir.
Regarder, provoquer le hasard, accepter de se perdre.
Soudain, un surgissement. Une présence. Un regard.
Il nous cherche, il nous trouve. Il s’installe.
La scène de la rencontre
Face à face silencieux. Deux êtres entrent en contact.
Un trouble s’installe. Ce n’est pas une pose photographique, c’est la pose du regard.
Rien n’est forcé, aucune injonction.
Juste la scène de la rencontre.
Se relâcher, se dévoiler, se livrer.
Parfois surgissent la pudeur, la retenue.
Mais aussi ce désir profond : être reconnu. Je suis moi.
Une photographie sans artifice
Ma démarche s’éloigne du pittoresque, de l’artifice, de la séduction.
J’essaie de voir l’autre dans sa totalité, au-delà des signes visibles.
Résister à la fragmentation.
Le portrait, ne pas me laisser absorber par une beauté de surface — un iris, une ride, une cicatrice —
mais regarder au-delà.
Photographier sans égo.
L’appareil reste discret, presque effacé.
Il ne doit pas faire écran.
La distance est abolie.
Le seul filtre admis : celui de l’authenticité.
La photographie comme espace de vérité
Dans Regard nu, la photographie devient un espace de vérité.
Chaque image cherche ce moment fragile où l’être se laisse voir sans masque, sans défense.
Ces portraits ne racontent pas une histoire spectaculaire, mais celle d’une présence humaine, simple et essentielle.
Ils révèlent le lien invisible qui se tisse entre le photographe et la personne photographiée : un échange silencieux, une confiance offerte, une reconnaissance partagée.
La lumière, naturelle, souvent douce, accompagne ce dévoilement. Elle souligne sans trahir, éclaire sans juger.
Le portrait, l’essence du regard humain
À travers cette série, Regard nu, je cherche à retrouver la dimension première du regard : rencontrer l’autre pour mieux se comprendre soi-même.
Photographier devient un acte d’écoute, une attention au monde et à ceux qui l’habitent.
Dans ce face-à-face nu, sans artifices, la photographie retrouve sa mission la plus simple et la plus exigeante : dire, sans mots, ce que le regard seul sait exprimer — la profondeur d’une présence humaine.
Note d’atelier, la simplicité
Je travaille, particulièrement pour Regard nu, en lumière disponible, à main levée, pour préserver l’élan du moment. Le cadre reste simple, le format souvent serré, au plus près de la personne.
J’utilise Photoshop, mais avec précaution, jamais de renforcement de la saturation pour attirer le regard.
Pour les photographies argentiques les négatifs sont scannés puis adaptés sans retouche invasive, pas d’IA de manipulation d’image sur l’ensemble du site Photo Regards. J’assume les imperfections, traces du réel et de la rencontre. Pour les tirages, sur papier mat ou baryté, je privilégie une matière douce et profonde, propice à la respiration du regard et à la fidélité du rendu.
Prolongement : le temps du regard
Chaque portrait de Regard nu est aussi une trace du temps. Le temps de la rencontre, suspendu entre deux respirations. Le temps du regard, qui dure au-delà du moment de la prise de vue. Ces visages, croisés ici ou ailleurs, continuent d’exister en moi. Ils deviennent mémoire, résonance, dialogue intérieur.
La photographie me permet de garder vivante cette présence, d’en préserver la fragilité. Elle ne fige pas, elle relie. Elle témoigne d’un instant de vérité partagée, mais aussi d’un mouvement : celui de la vie qui passe, du lien qui demeure.
Dans le projet global Regard, silence partagé, cette série Regard nu occupe une place fondatrice. Elle interroge la possibilité d’un regard sincère, d’une image qui ne s’impose pas mais qui s’offre. Photographier, ici, revient à écouter le silence des visages, à reconnaître en chacun la part d’humanité qui nous unit, pour moi le véritable fondement d’une photographie humaniste.